eso1331fr — Communiqué de presse scientifique

Un cliché prénatal acquis par ALMA révèle l'embryon d'une gigantesque étoile

10 juillet 2013

De nouvelles observations effectuées au moyen du vaste réseau d’antennes (Sub-)Millimétrique de l'Atacama (ALMA) ont permis aux astronomes d'acquérir la plus belle vue à ce jour d'une gigantesque étoile en cours de formation au sein d'un nuage sombre. Une matrice stellaire dotée d'une masse supérieure à 500 fois celle du Soleil a été découverte – la plus vaste jamais observée dans la Voie Lactée – et elle continue de croître. L'étoile embryonnaire dévore avec appétit la matière qui tombe dans le nuage. Ce dernier devrait donner naissance à une étoile très brillante d’une masse avoisinant les 100 masses solaires.

Les étoiles les plus massives et les plus brillantes de la galaxie naissent au sein de nuages froids et sombres. Ce processus demeure non seulement enveloppé de poussière mais également de mystère [1]. Une équipe internationale d'astronomes a récemment utilisé ALMA pour effectuer l'analyse prénatale, dans le domaine des micro-ondes, d'un monstre stellaire en cours de formation à environ 11 000 années-lumière, dans un nuage baptisé le Nuage Sombre de Spitzer (SDC) 335.579-0.292.

Deux théories expliquent le processus de formation des étoiles les plus massives. L'une suggère que le nuage sombre parental se fragmente en plusieurs petits morceaux dont l'effondrement conduit finalement à la formation d'étoiles. L'autre scénario est beaucoup plus dramatique : l'intégralité du nuage s'effondre sur lui-même, la matière tombe vers le centre du nuage pour y former un ou plusieurs mastodontes. Une équipe dirigée par Nicolas Peretto du CEA/AIM Paris-Saclay, France, et de l'Université de Cardiff, Royaume-Uni, a compris qu'ALMA constituait le meilleur outil pour comprendre le processus en question.

Des observations effectuées au moyen du télescope spatial Spitzer de la NASA et de l'observatoire spatial Herschel avaient déjà révélé le caractère exceptionnel de SDC335.579-0.292 : un ensemble dense et obscur de filaments de gaz et de poussière. L'équipe a récemment utilisé ALMA, connu pour son extrême sensibilité, afin d'observer dans le détail, tant la quantité de poussière que le mouvement du gaz autour du nuage sombre – et elle a découvert un véritable monstre.

« Les étonnantes observations d'ALMA nous ont permis de sonder pour la toute première fois les profondeurs de ce nuage ,» nous dit Nicolas Peretto. « Nous voulions voir comment les gigantesques étoiles se forment et croissent, et nous avons très certainement atteint notre objectif ! L'une des sources que nous avons trouvées est un géant absolu – le plus vaste noyau protostellaire jamais découvert dans la Voie Lactée ».

Ce noyau – la matrice de l'étoile embryonnaire – est doté d'une masse supérieure à 500 fois celle de notre Soleil qui tourbillonne en son sein [2]. Les observations d'ALMA montrent que de la matière continue de tomber en son centre, accroissant encore sa masse. Cette matière s'effondrera peut-être pour former une jeune étoile de masse voisine de 100 masses solaires – un monstre d'une extrême rareté.

« Nous savions déjà que cette région devait abriter un nuage de formation d'étoiles massives, nous ne nous attendions toutefois pas à ce qu'une étoile embryonnaire si massive occupe son centre », nous confie Nicolas Peretto. « Cet objet devrait conduire à la formation d'une étoile 100 fois plus massive que le Soleil. Seule une étoile de la Voie Lactée sur 10 000 environ atteint une telle masse ! »

« Ces étoiles ne sont pas seulement rares, leur naissance est également extrêmement rapide et leur enfance très courte. Découvrir un objet si massif au premier stade de son évolution constitue donc un superbe résultat » ajoute un membre de l'équipe, Gary Fuller, de l'Université de Manchester, Royaume-Uni.

Un autre membre de l'équipe, Ana Duarte Cabral du Laboratoire d'Astrophysique de Bordeaux, France, souligne que « les observations d'ALMA révèlent les détails pour le moins spectaculaires des mouvements du réseau filamentaire de poussière et de gaz, et montrent qu'une importante quantité de gaz tombe sur la région centrale ». Cette observation plaide nettement en faveur de l'hypothèse selon laquelle la formation des étoiles massives résulterait d'un effondrement global, plutôt que de la fragmentation du nuage primordial.

Ces observations ont été effectuées durant la première phase d'exploitation scientifique d'ALMA, alors que le quart seulement du réseau d'antennes final était opérationnel. « Nous sommes parvenus à obtenir ces observations très détaillées en utilisant une fraction seulement du potentiel final d'ALMA » conclut Nicolas Peretto. « Il est certain qu'ALMA révolutionnera notre connaissance de la formation d'étoiles, contribuant à résoudre certaines des questions actuelles et en soulevant sans doute de nouvelles ».

Notes

[1] L'expression "étoiles massives" est employée par les astronomes pour désigner celles dont la masse est au moins dix fois supérieure à la masse du Soleil. Cette expression se réfère à la masse d'une étoile, non à sa taille.

[2] Cette région de formation d'étoiles donne naissance à de nombreuses étoiles. Le noyau de 500 masses solaires est le plus massif d'entre eux.

Plus d'informations

ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) est un équipement international pour l'astronomie. Il est le fruit d'un partenariat entre l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est en coopération avec la République du Chili. ALMA est financé en Europe par l'ESO (Observatoire Européen Austral), en Amérique du Nord par la NSF (Fondation Nationale de la Science) en coopération avec le NRC (Conseil National de la Recherche au Canada) et le NSC (Conseil National de la Science à Taïwan), en Asie de l'Est par les Instituts Nationaux des Sciences Naturelles (NINS) du Japon avec l'Academia Sinica (AS) à Taïwan. La construction et les opérations d'ALMA sont pilotées par l'ESO pour l'Europe, par le National Radio Astronomy Observatory (NRAO), dirigé par Associated Universities, Inc. (AUI) pour l'Amérique du Nord et par le National Astronomical Observatory of Japan (NAOJ) pour l'Asie de l'Est. L'Observatoire commun ALMA (JAO pour Joint ALMA Observatory) apporte un leadership et un management unifiés pour la construction, la mise en service et l'exploitation d'ALMA.

Ce travail de recherche a fait l'objet d'un article intitulé "Global collapse of molecular clouds as a formation mechanism for the most massive stars", à paraître dans la revue Astronomy & Astrophysics.

L'équipe est composée de N. Peretto (), A. Avison (Université de Manchester, Royaume-Uni ; Centre Régional d'ALMA au CEA/AIM Paris Saclay, France ; Université de Cardiff, Royaume-Uni), G. A. Fuller (Université de Manchester, Royaume-Uni ; Centre d'Astrophysique Jodrell Bank et Centre Régional d'ALMA au Royaume-Uni), A. Duarte-Cabral (LAB, OASU, Université de Bordeaux, CNRS, FranceRoyaume-Uni), P. Hennebelle (CEA/AIM Paris Saclay, France), J. E. Pineda (Université de Manchester, Royaume-Uni; Centre Régional d'ALMA au Royaume-Uni ; ESO, Garching, Allemagne), Ph. André (CEA/AIM Paris Saclay, France), S. Bontemps (LAB, OASU, Université de Bordeaux, CNRS, France), F. Motte (CEA/AIM Paris Saclay, France), N. Schneider (LAB, OASU, Université de Bordeaux, CNRS, France) et S. Molinari (INAF, Rome, Italie).

L'ESO est la première organisation intergouvernementale pour l'astronomie en Europe et l'observatoire astronomique le plus productif au monde. L'ESO est soutenu par 15 pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Brésil, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la République Tchèque, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. L'ESO conduit d'ambitieux programmes pour la conception, la construction et la gestion de puissants équipements pour l'astronomie au sol qui permettent aux astronomes de faire d'importantes découvertes scientifiques. L'ESO joue également un rôle de leader dans la promotion et l'organisation de la coopération dans le domaine de la recherche en astronomie. L'ESO gère trois sites d'observation uniques, de classe internationale, au Chili : La Silla, Paranal et Chajnantor. À Paranal, l'ESO exploite le VLT « Very Large Telescope », l'observatoire astronomique observant dans le visible le plus avancé au monde et deux télescopes dédiés aux grands sondages. VISTA fonctionne dans l'infrarouge. C'est le plus grand télescope pour les grands sondages. Et, le VLT Survey Telescope (VST) est le plus grand télescope conçu exclusivement pour sonder le ciel dans la lumière visible. L'ESO est le partenaire européen d'ALMA, un télescope astronomique révolutionnaire. ALMA est le plus grand projet astronomique en cours de réalisation. L'ESO est actuellement en train de programmer la réalisation d'un télescope européen géant (E-ELT pour European Extremely Large Telescope) de la classe des 39 mètres qui observera dans le visible et le proche infrarouge. L'E-ELT sera « l'œil le plus grand au monde tourné vers le ciel ».

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Laboratoire d'Astrophysique de Marseille / Institut Pythéas
Marseille, France
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Email: thierry.botti@oamp.fr

Nicolas Peretto
School of Physics and Astronomy, Cardiff University
Cardiff, UK
Tel: +44 29 208 75314
Email: Nicolas.Peretto@astro.cf.ac.uk

Gary Fuller
Jodrell Bank Centre for Astrophysics, University of Manchester
Manchester, UK
Tel: +44 161 306 3653
Email: G.Fuller@manchester.ac.uk

Ana Duarte-Cabral
Laboratoire d'Astrophysique de Bordeaux
Bordeaux, France
Email: Ana.Cabral@obs.u-bordeaux1.fr

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Ce texte est une traduction du communiqué de presse de l'ESO eso1331.

A propos du communiqué de presse

Communiqué de presse N°:eso1331fr
Nom:SDC 335.579-0.292
Type:• Milky Way : Nebula : Type : Star Formation
Facility:Atacama Large Millimeter/submillimeter Array
Science data:2013A&A...555A.112P

Images

ALMA observe la naissance d'une étoile gigantesque
ALMA observe la naissance d'une étoile gigantesque
Localisation d'une gigantesque protoétoile dans la constellation de la Règle
Localisation d'une gigantesque protoétoile dans la constellation de la Règle
Image à grand champ du ciel autour de SDC 335.579-0.292
Image à grand champ du ciel autour de SDC 335.579-0.292
La naissance d'une gigantesque étoile observée à différentes longueurs d'onde
La naissance d'une gigantesque étoile observée à différentes longueurs d'onde

Vidéos

Zoom sur la naissance d'une gigantesque étoile
Zoom sur la naissance d'une gigantesque étoile

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